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:-- Je ne vois point de partis pour elle  Saumur, rpondit madame Grandet en regardant son mari d'un air timide qui, vu son ge, annonait l'entire servitude conjugale sous laquelle gmissait la pauvre femme.
:Au moment o Grandet raccommodait lui-mme son escalier vermoulu, et sifflait  tue-tte en souvenir de ses jeunes annes, les trois Cruchot frapprent  la porte.
:En replaant la lumire devant le cartel, Grandet, qui ne quittait jamais une plaisanterie et la rptait  satit quand elle lui semblait drle, dit :
:-- Nanon, dit-il, en s'avanant dans le couloir, veux-tu bien teindre ton feu, ta lumire, et venir avec nous ? Pardieu ! la salle est assez grande pour nous tous.
:-- Mon neveu est une cruche, pensa l'abb en regardant le prsident dont les cheveux bouriffs ajoutaient encore  la mauvaise grce de sa physionomie brune. Ne pouvait-il inventer une petite btise qui et du prix.
:-- Puisque c'est la fte d'Eugnie, faites votre loto gnral, dit le pre Grandet, ces deux enfants en seront. L'ancien tonnelier, qui ne jouait jamais  aucun jeu, montra sa fille et Adolphe.
:-- Ma cousine, je vous remercie, j'ai dn  Tours. Et, ajouta-t-il en regardant Grandet, je n'ai besoin de rien, je ne suis mme point fatigu.
:-- Mais, que dira ton pre ? Cette objection terrible fut propose par madame Grandet en voyant sa fille arme d'un sucrier de vieux Svres rapport du chteau de Froidfond par Grandet.
:-- Elle est trs bien, cette femme, se dit en lui-mme Charles Grandet en rpondant aux minauderies de madame des Grassins.
:Sans paratre y prter la moindre attention, l'abb Cruchot avait su deviner la conversation de Charles et de madame des Grassins.
:-- Monsieur, dit enfin Adolphe  Charles d'un air qu'il aurait voulu rendre dgag, je ne sais si vous avez conserv quelque souvenir de moi ; j'ai eu le plaisir d'tre votre vis--vis  un bal donn par monsieur le baron de Nucingen, et ...
:-- Il parat que j'aurai beaucoup de succs  Saumur, se disait Charles en dboutonnant sa redingote, se mettant la main dans son gilet, et jetant son regard  travers les espaces pour imiter la pose donne  lord Byron par Chantrey.
:-- Vous causez donc ? dit le pre Grandet en pliant avec exactitude la lettre dans les mmes plis et la mettant dans la poche de son gilet. Il regarda son neveu d'un air humble et craintif sous lequel il cacha ses motions et ses calculs.
:-- Mettez-vous toujours auprs d'Eugnie, madame, et vous n'aurez pas grand'chose  dire  ce jeune homme contre sa cousine, il fera de lui-mme une comparaison qui ...
:-- Ne devons-nous pas, madame, tcher de nous tre agrables les uns aux autres ... Permettez que je me mouche.
:-- Ma chre tante, ce serait difficile, j'ai, je crois, emport toutes mes affaires ! Permettez-moi de vous souhaiter une bonne nuit, ainsi qu' ma jeune cousine.
:-- Sainte-Vierge ! le beau devant d'autel pour la paroisse. Mais, mon cher mignon monsieur, donnez donc a  l'glise, vous sauverez votre me, tandis que a vous la fera perdre. Oh ! que vous tes donc gentil comme a. Je vais appeler mademoiselle pour qu'elle vous regarde.
:-- Allons, Nanon, puisque Nanon y a, voulez-vous vous taire ! Laissez-moi coucher, j'arrangerai mes affaires demain ; et si ma robe vous plat tant, vous sauverez votre me. Je suis trop bon chrtien pour vous la refuser en m'en allant, et vous pourrez en faire ce que vous voudrez.
:-- Sainte-Vierge ! qu'il est gentil, mon cousin, se dit Eugnie en interrompant ses prires qui ce soir-l ne furent pas finies.
:En songeant aux consquences de ce testament de douleur, Grandet tait peut-tre plus agit que ne l'tait son frre au moment o il le traa.
:-- J'aurais cette robe d'or ?... disait Nanon qui s'endormit habille de son devant d'autel, rvant de fleurs, de tabis, de damas, pour la premire fois de sa vie, comme Eugnie rva d'amour.
:-- Il ne se lve pas, pensa-t-elle en entendant la tousserie matinale de Nanon, et la bonne fille allant, venant, balayant la salle, allumant son feu, enchanant le chien et parlant  ses btes dans l'curie. Aussitt Eugnie descendit et courut  Nanon qui trayait la vache.
:-- C'est vrai, rpondit Grandet, mais ton pain pse six livres, il en restera. D'ailleurs, ces jeunes gens de Paris, tu verras que a ne mange point de pain.
:Enfin, aprs avoir parcimonieusement ordonn le menu quotidien, le bonhomme allait se diriger vers son fruitier, en fermant nanmoins les armoires de sa _Dpense_, lorsque Nanon l'arrta pour lui dire :
:-- Ha ! , Nanon, je ne t'ai jamais vue comme a. Qu'est-ce qui te passe donc par la tte ? Es-tu la matresse ici ? Tu n'auras que six morceaux de sucre.
:Eugnie alla mettre son chapeau de paille cousue, doubl de taffetas rose ; puis, le pre et la fille descendirent la rue tortueuse jusqu' la place.
:Eugnie, qui regardait le sublime paysage de la Loire sans couter les calculs de son pre, prta bientt l'oreille aux discours de Cruchot en l'entendant dire  son client :
:Ce mot glaa matre Cruchot, qui, malgr son impassibilit de notaire, se sentit froid dans le dos en pensant que le Grandet de Paris avait peut-tre implor vainement les millions du Grandet de Saumur.
:-- Tu ne connaissais pas ton oncle, pourquoi pleures-tu ? lui dit son pre en lui lanant un de ces regards de tigre affam qu'il jetait sans doute  ses tas d'or.
:-- Ah ! maman, j'touffe, s'cria Eugnie quand elle fut seule avec sa mre. Je n'ai jamais souffert ainsi. Madame Grandet, voyant sa fille plir, ouvrit la croise et lui fit respirer le grand air.
:A ces mots, la jeune fille releva la tte, interrogea sa mre par un regard, en scruta les secrtes penses, et lui dit :
:-- Mal, reprit Eugnie, pourquoi ? Il te plat, il plat  Nanon, pourquoi ne me plairait-il pas ? Tiens, maman, mettons la table pour son djeuner. Elle jeta son ouvrage, la mre en fit autant en lui disant :
:-- Ah ! ma chre tante, je laisserai du moins quelque trace bienfaisante de mon passage ici. Vous tes bien arrirs ! Je vous apprendrai  faire du bon caf dans une cafetire  la Chaptal.
:-- Ah ! ah ! vous avez fait fte  votre neveu, c'est bien, trs bien, c'est fort bien ! dit-il sans bgayer. Quand le chat court sur les toits, les souris dansent sur les planchers.
:La pauvre ilote s'avana, coupa piteusement un morceau de pain, et prit une poire. Eugnie offrit audacieusement  son pre du raisin, en lui disant :
:-- Gote donc  ma conserve, papa ! Mon cousin, vous en mangerez, n'est-ce pas ? Je suis alle chercher ces jolies grappes-l pour vous.
:Grandet, qui avait emprunt le journal de Cruchot, mit le fatal article sous les yeux de Charles. En ce moment le pauvre jeune homme, encore enfant, encore dans l'ge o les sentiments se produisent avec navet, fondit en larmes.
:-- Il faut laisser passer la premire averse, dit Grandet en rentrant dans la salle o Eugnie et sa mre avaient brusquement repris leurs places et travaillaient d'une main tremblante aprs s'tre essuy les yeux. Mais ce jeune homme n'est bon  rien, il s'occupe plus des morts que de l'argent.
:Fatale exclamation ! Le pre Grandet regarda sa femme, Eugnie et le sucrier ; il se souvint du djeuner extraordinaire apprt pour le parent malheureux, et se posa au milieu de la salle.
:-- Ah ! , j'espre, dit-il avec son calme habituel, que vous n'allez pas continuer vos prodigalits, madame Grandet. Je ne vous donne pas _mon_ argent pour embucquer de sucre ce jeune drle.
:-- Qu'est-ce que c'est donc qu'un million, mon pre ? demanda-t-elle avec la navet d'un enfant qui croit pouvoir trouver promptement ce qu'il dsire.
:-- C'est cela ! toujours dpenser de l'argent, s'cria le pre. Ah ! , croyez-vous donc qu'il y ait des mille et des cent ici ?
:En ce moment une plainte sourde, plus lugubre que toutes les autres, retentit dans les greniers et glaa de terreur Eugnie et sa mre.
:-- Ha ! , reprit-il en se tournant vers sa femme et sa fille que son mot avait rendues ples, pas de btises, vous deux. Je vous laisse. Je vais tourner autour de nos Hollandais, qui s'en vont aujourd'hui. Puis j'irai voir Cruchot et causer avec lui de tout a.
:Le vigneron entra joyeux. Aprs avoir t ses gants, il se frotta les mains  s'en emporter la peau, si l'piderme n'en et pas t tann comme du cuir de Russie, sauf l'odeur des mlzes et de l'encens. Il se promenait, il regardait le temps. Enfin son secret lui chappa.
:-- Mais, dit Grandet en continuant, vous tes sans lumire. Mauvais, mauvais ! faut voir clair  ce que l'on fait. Grandet marcha vers la chemine.
:-- Tiens ! s'cria-t-il, voil de la bougie. O diable a-t-on pch de la bougie ? Les garces dmoliraient le plancher de ma maison pour cuire des oeufs  ce garon-l.
:-- Dcidment, il se passe ici quelque chose d'extraordinaire, dit madame Grandet. Voici la troisime fois que, depuis notre mariage, ton pre donne  dner.
:Lorsque aprs son dpart le bonhomme put prsumer que Charles ne pouvait rien entendre, et devait tre plong dans ses critures, il regarda sournoisement sa femme.
:-- Par les tribunaux de commerce eux-mmes. Cela se voit tous les jours, dit monsieur C. de Bonfons enfourchant l'ide du pre Grandet ou croyant la deviner et voulant affectueusement la lui expliquer. Ecoutez ?
:-- Alors la famille du dcd, ses reprsentants, son hoirie ; ou le ngociant, s'il n'est pas mort ; ou ses amis, s'il est cach, liquident. Peut-tre voulez-vous liquider les affaires de votre frre ? demanda le prsident.
:-- J'ai la tte ca, ca, casse de ce que, que voous, vous m'a, a, a, avez d, d, dcliqu l. Voil la, la, premire fois de ma vie que je, je suis fooorc de son, songer  de ...
:-- Oui, oui, sans que a paraisse, rpondit Grandet, je suis un bon pa ... parent. J'aimais mon frre, et je le prouverai bien si si a ne ne cote pas ...
:-- Tais-toi donc, mon fils, lui rpliqua sa mre, ils peuvent encore nous entendre. D'ailleurs ce que tu dis n'est pas de bon got et sent l'Ecole de Droit.
:-- J'ai bien vu que a te contrariait ; mais le vent tait aux des Grassins. Es-tu bte, avec tout ton esprit ?... Laisse-les s'embarquer sur un _nous verrons_ du pre Grandet, et tiens-toi tranquille, mon petit : Eugnie n'en sera pas moins ta femme.
:-- Mon pre enlverait-il mon cousin ? se dit-elle en entr'ouvrant sa porte avec assez de prcaution pour l'empcher de crier, mais de manire  voir ce qui se passait dans le corridor.
:-- Veux-tu te taire, Nanon ! Tu diras  ma femme que je suis all  la campagne. Je serai revenu pour dner. Va bon train, Cornoiller, faut tre  Angers avant neuf heures.
:-- Comment cela s'est-il fait ? reprit-elle, pourquoi suis-je monte ? En vrit, maintenant je ne le sais plus. Mais, je suis tente de ne pas trop me repentir d'avoir lu ces lettres, puisqu'elles m'ont fait connatre votre coeur, votre me et ...
:-- Je ne me relverai pas que vous n'ayez pris cet or ! dit-elle. Mon cousin, de grce, une rponse ?... que je sache si vous m'honorez, si vous tes gnreux, si ...
:-- Ecoutez, ma chre cousine, j'ai l ... Il s'interrompit pour montrer sur la commode une caisse carre enveloppe d'un surtout de cuir.
:-- Ce que vous admirez n'est rien, dit-il en poussant un ressort qui fit partir un double fond. Voil ce qui, pour moi, vaut la terre entire. Il tira deux portraits, deux chefs-d'oeuvre de madame de Mirbel, richement entours de perles.
:-- Oui, pour vous, dit-elle en abaissant ses paupires. Allons, Charles, couchez-vous, je le veux, vous tes fatigu. A demain.
:-- Des misres, dit Charles d'un air ddaigneux. Si votre pre avait seulement vingt-quatre mille livres de rente, habiteriez-vous cette chambre froide et nue ? ajouta-t-il en avanant le pied gauche.
:-- Mon pre ne reviendra que pour le dner, dit Eugnie en voyant l'inquitude peinte sur le visage de sa mre.
:Charles se leva, saisit le pre Grandet, l'embrassa, plit et sortit. Eugnie contemplait son pre avec admiration.
:-- Allons, adieu, mon bon des Grassins, tout  vous, et emboisez-moi bien ces gens-l ! Les deux diplomates se donnrent une poigne de main, l'ancien tonnelier reconduisit le banquier jusqu' la porte ; puis, aprs l'avoir ferme, il revint et dit  Nanon en se plongeant dans son fauteuil :
:-- On n'a pas plutt mis les lvres  un verre qu'il est dj vide ! Voil notre histoire. On ne peut pas tre et avoir t. Les cus ne peuvent pas rouler et rester dans votre bourse, autrement la vie serait trop belle.
:-- Ah ! vous voil comme un homme qui doit s'embarquer et qui veut faire fortune, lui dit-il en le voyant vtu d'une redingote de gros drap noir. Bien, trs bien !
:-- Donnez-moi cela, mon neveu ; j'irai vous estimer cela l-haut, et je reviendrai vous dire ce que cela vaut,  un centime prs. Or de bijou, dit-il en examinant une longue chane, dix-huit  dix-neuf carats.
:-- Il n'y a pas de remercments possibles, mon neveu, dit la vieille mre dont les yeux se mouillrent de larmes. Soir et matin dans mes prires j'ajouterai la plus pressante de toutes pour vous, en disant celle des voyageurs. Si je mourais, Eugnie vous conserverait ce bijou.
:-- Ne fais donc jamais de ces questions-l, ma fille, rpondit Grandet. Que diable, je ne te dis pas les miennes, pourquoi fourres-tu le nez dans celles de ton cousin ? Laisse-le donc, ce garon.
:-- Mon neveu, dit Grandet sous la porte de l'auberge, en embrassant Charles sur les deux joues, partez pauvre, revenez riche, vous trouverez l'honneur de votre pre sauf. Je vous en rponds, moi, Grandet ; car, alors, il ne tiendra qu' vous de ...
:-- Bon voyage ! dit le vigneron. Heureusement matre Cruchot fut le seul qui entendit cette exclamation. Eugnie et sa mre taient alles  un endroit du quai d'o elles pouvaient encore voir la diligence, et agitaient leurs mouchoirs blancs, signe auquel rpondit Charles en dployant le sien.
:-- Ce bonhomme, dit-on  des Grassins, se moque de vous et de nous. Vingt-trois mois aprs la mort de Guillaume Grandet, beaucoup de commerants, entrans par le mouvement des affaires de Paris, avaient oubli leurs recouvrements Grandet, ou n'y pensaient que pour se dire :
:-- Je pensais, ma pauvre enfant, que, si tu m'avais confi ton secret, nous aurions eu le temps d'crire  Paris  monsieur des Grassins. Il aurait pu nous envoyer des pices d'or semblables aux tiennes ; et, quoique Grandet les connaisse bien, peut-tre ...
:-- Non, non, ce serait me livrer  eux et nous mettre sous leur dpendance. D'ailleurs j'ai pris mon parti. J'ai bien fait, je ne me repens de rien. Dieu me protgera. Que sa sainte volont se fasse. Ah ! si vous aviez lu sa lettre, vous n'auriez pens qu' lui, ma mre.
:-- Eh ! eh ! monsieur Grandet, si a vous gnait, lui dit un marchand de drap, son plus proche voisin, je vous en dbarrasserais.
:Aussitt Nanon donna le bras  sa matresse, autant en fit Eugnie, et ce ne fut pas sans des peines infinies qu'elles purent la monter chez elle, car elle tombait en dfaillance de marche en marche. Grandet resta seul. Nanmoins, quelques moments aprs, il monta sept ou huit marches, et cria :
:-- Mon pre, si vous me faites des prsents dont je ne sois pas entirement matresse, reprenez-les, rpondit froidement Eugnie en cherchant le napolon sur la chemine et le lui prsentant.
:-- Mon pre, je vous aime et vous respecte, malgr votre colre ; mais je vous ferai fort humblement observer que j'ai vingt-deux ans. Vous m'avez assez souvent dit que je suis majeure, pour que je le sache. J'ai fait de mon argent ce qu'il m'a plu d'en faire, et soyez sr qu'il est bien plac ...
:-- Vous l'aviez encore le jour de votre fte, hein ? Eugnie, devenue aussi ruse par amour que son pre l'tait par avarice, ritra le mme signe de tte.
:-- Elle n'a plus de pre, dit le tonnelier. Est-ce bien vous et moi, madame Grandet, qui avons fait une fille dsobissante comme l'est celle-l ? Jolie ducation, et religieuse surtout. H ! bien, vous n'tes pas dans votre chambre. Allons, en prison, en prison, mademoiselle.
:Eugnie se leva, lana un regard d'orgueil sur son pre, et rentra dans sa chambre  laquelle le bonhomme donna un tour de clef.
:-- Vous voil donc veuf, monsieur, lui dit Nanon. C'est bien dsagrable d'tre veuf avec deux femmes dans sa maison.
:-- Mais, pas bien du tout, du tout, dit-elle. L'tat de sa sant me parat vraiment inquitant. A son ge, il faut prendre les plus grandes prcautions, papa Grandet.
:-- Tenez, mademoiselle, dit la bonne fille, Cornoiller m'a donn un livre. Vous mangez si peu, que ce pt vous durera bien huit jours ; et, par la gele, il ne risquera point de se gter. Au moins, vous ne demeurerez pas au pain sec. C'est que a n'est point sain du tout.
:-- Je l'ai fait ben bon, ben dlicat, et il ne s'en est point aperu. J'ai pris le lard, le laurier, tout sur mes six francs ; j'en suis ben la matresse. Puis la servante se sauva, croyant entendre Grandet.
:-- Mademoiselle, la meilleure manire d'empcher le monde de jaser est de vous faire rendre la libert, lui rpondit respectueusement le vieux notaire frapp de la beaut que la retraite, la mlancolie et l'amour avaient imprime  Eugnie.
:-- Eh ! mais votre femme est trs malade, mon ami. Vous devriez mme consulter monsieur Bergerin, elle est en danger de mort. Si elle venait  mourir sans avoir t soigne comme il faut, vous ne seriez pas tranquille, je le crois.
:-- Deux, ou trois, quatre cent mille francs peut-tre ! Ne faudra-t-il pas liciter, et vendre pour connatre la vritable valeur ? au lieu qu'en vous entendant ...
:-- Du bon or ! de l'or ! s'cria-t-il ... Beaucoup d'or ! a pse deux livres. Ah ! ah ! Charles t'a donn cela contre tes belles pices. Hein ! pourquoi ne me l'avoir pas dit ? C'est une bonne affaire, fifille ! Tu es ma fille, je te reconnais. Eugnie tremblait de tous ses membres.
:-- Ma chre enfant, dit-il  Eugnie lorsque la table fut te et les portes soigneusement closes, te voil hritire de ta mre, et nous avons de petites affaires  rgler entre nous deux. Pas vrai, Cruchot ?
:Eugnie lui tendait des louis sur une table, et il demeurait des heures entires les yeux attachs sur les louis, comme un enfant qui, au moment o il commence  voir, contemple stupidement le mme objet ; et, comme  un enfant, il lui chappait un sourire pnible.
:-- Aie bien soin de tout. Tu me rendras compte de a l-bas, dit-il en prouvant par cette dernire parole que le christianisme doit tre la religion des avares.
:-- Et leurs conomies, reprenait une vieille Cruchotine, mademoiselle de Gribeaucourt. Un monsieur de Paris est venu dernirement offrir  monsieur Cruchot deux cent mille francs de son tude. Il doit la vendre, s'il peut tre nomm juge de paix.
:-- Les affaires de mon pre ne sont pas les miennes. Je vous suis oblig, monsieur, des soins que vous avez bien voulu prendre, et dont je ne saurais profiter. Je n'ai pas ramass presque deux millions  la sueur de mon front pour aller les flanquer  la tte des cranciers de mon pre.
