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:Inutile de vous dire qu'il se fait dans la ville un grand commerce de casquettes de chasse. Il y a mme des chapeliers qui vendent des casquettes troues et dchires d'avance  l'usage des maladroits, mais on ne connat gure que Bzuquet, le pharmacien, qui leur en achte. C'est dshonorant !
: Robert, toi que j'aime Et qui reus ma foi, Tu vois mon effroi ( bis ), Grce pour toi-mme Et grce pour moi.
:Le pauvre homme oubliait qu'il tait chez lui  Tarascon, avec un foulard de tte et des caleons, il mettait ses lectures en actions, et, s'exaltant au son de sa propre voix, criait en brandissant une hache ou un tomahawk :
:C'tait l'ours gris des montagnes Rocheuses qui se dandine, et qui se lche avec une langue pleine de sang. C'tait encore le Touareg du dsert, le pirate malais, le bandit des Abruzzes ....  Ils  enfin, c'tait  ils !  ... c'est--dire la guerre, les voyages, l'aventure, la gloire.
:L-dessus Jeannette apparat avec un excellent chocolat, chaud, moir, parfum, et de succulentes grillades  l'anis, qui font rire Tartarin-Sancho en touffant les cris de Tartarin-Quichotte.
:Vous tonnerez-vous aprs cela que le mme soleil, tombant sur Tarascon, ait pu faire d'un ancien capitaine d'habillement comme Bravida, le brave commandant Bravida, d'un navet un baobab, et d'un homme qui avait failli aller  Shang-Hai un homme qui y tait all ?
:Pas mme Tartarin. Ple et frmissant, le fusil  aiguille encore entre les mains, il songeait debout devant le comptoir ....
: Un lion de l'Atlas, l, tout prs,  deux pas ! Un lion ! c'est--dire la bte hroque et froce par excellence, le roi des fauves, le gibier de ses rves, quelque chose comme le premier sujet de cette troupe idale qui lui jouait de si beaux drames dans son imagination ....
:Ses yeux flambrent. D'un geste convulsif il jeta le fusil  aiguille sur son paule, et, se tournant vers le brave commandant Bravida, ancien capitaine d'habillement, il lui dit d'une voix de tonnerre : Allons voir a, commandant.
: -- H ! b ... h ! b ... Et mon fusil ! ... mon fusil  aiguille que vous emportez ! ... hasarda timidement le prudent Costecalde ; mais Tartarin avait tourn la rue, et derrire lui tous les chasseurs de casquettes embotant firement le pas.
:Puis, pour se faire aux fracheurs nocturnes, aux brouillards,  la rose, il descendait tous les soirs dans son jardin et restait l jusqu' des dix et onze heures, seul avec son fusil,  l'afft derrire le baobab ....
:Enfin, tant que la mnagerie Mitaine resta  Tarascon, les chasseurs de casquettes attards chez Costecalde purent voir dans l'ombre, en passant sur la place du Chteau, un homme mystrieux se promenant de long en large derrire la baraque.
:Mais o il tait le plus beau, c'tait le soir  dner chez le prsident Ladevze ou le brave commandant Bravida, ancien capitaine d'habillement, quand on apportait le caf et que, toutes les chaises se rapprochant, on le faisait parler de ses chasses futures ....
:Les nafs, les poltrons, des gens comme Bzuquet, qu'une puce aurait mis en fuite et qui ne pouvaient pas tirer un coup de fusil sans fermer les yeux, ceux-l surtout taient impitoyables. Au cercle, sur l'esplanade, ils abordaient le pauvre Tartarin avec de petits airs goguenards.
: chchia, l'hroque  chchia  du dpart, rduite maintenant au vulgaire tat de casque  mche et s'enfonant jusqu'aux oreilles d'une tte de malade blme et convulsionne ....
:-- H ! oui, des portefaix, qui viennent chercher les bagages pour les porter  terre .... Rengainez donc votre coutelas, donnez-moi votre billet, et marchez derrire ce ngre, un brave garon, qui va vous conduire  terre, et mme jusqu' l'htel si vous le dsirez ! ...
:Cinq minutes aprs, la barque arrivait  terre, et Tartarin posait le pied sur ce petit quai barbaresque, o trois cents ans auparavant, un galrien espagnol nomm Michel Cervantes prparait -- sous le bton de la chiourme algrienne-- un sublime roman qui devait s'appeler  Don Quichotte !
:Trois heures sonnaient  l'horloge du Gouvernement, quand Tartarin se rveilla. Il avait dormi toute la soire, toute la nuit, toute la matine, et mme un bon morceau de l'aprs-midi ; il faut dire aussi que depuis trois jours la  chchia  en avait vu de rudes ! ...
:Si je faisais un somme en attendant le jour ? se dit-il, et, pour viter les rhumatismes, il eut recours  la tente-abri .... Mais voil le diable ! cette tente-abri tait d'un systme si ingnieux, si ingnieux, qu'il ne put jamais venir  bout de l'ouvrir.
:Non ! un ne, un de ces tout petits nes qui sont si communs en Algrie et qu'on dsigne l-bas sous le nom de  bourriquots.
:Noiraud ! Noiraud ! cria tout  coup une voix trangle par l'angoisse. En mme temps dans un taillis voisin les branches remurent .... Tartarin n'eut que le temps de se relever et de se mettre en garde .... C'tait la femelle !
:Et ds qu'il eut aval son dernier morceau, il se leva, remercia son hte, embrassa la vieille sans rancune, versa une dernire larme sur l'infortun Noiraud, et retourna bien vite  Alger avec la ferme intention de boucler ses malles et de partir le jour mme pour le Sud.
:Mais ce n'est pas une mince affaire ! Retrouver dans une ville de cent mille mes une personne dont on ne connat que l'haleine, les pantoufles et la couleur des yeux ; il n'y a qu'un Tarasconnais, fru d'amour, capable de tenter une pareille aventure.
:Me voil bien avanc .... fit le militaire en ricanant ; puis se tournant vers la galerie : Grgory du Montngro ... qui connat a ? ... Personne !
:Ds qu'ils furent sur la place, le prince Grgory du Montngro se dcouvrit, tendit la main  notre hros, et, se rappelant vaguement son nom, commena d'une voix vibrante :
:Un quart d'heure aprs, ces deux messieurs taient installs au restaurant des Platanes, agrable maison de nuit dont les terrasses plongent sur la mer, et l, devant une forte salade russe arrose d'un joli vin de Crescia, on renoua connaissance.
:En fin de compte, un trs bon prince, ce seigneur Grgory. Tout en sirotant le vin ros de Crescia, il couta patiemment Tartarin lui parler de sa Mauresque et mme il se fit fort, connaissant toutes ces dames, de la retrouver promptement.
:Ple, mu, le coeur plein d'amour, le Tarasconnais sauta de son lit et, boutonnant  la hte son vaste caleon de flanelle :
:-- Elle sait donc le franais ? ... fit d'un air dsappoint le naf Tartarin qui rvait d'Orient sans mlange.
:Qu'est-ce que diable Baa peut faire de toutes ces pipes ? se demandait parfois le pauvre Tartarin ;-- mais il payait quand mme et sans lsiner.
:Mais cette pnitence mme ne manquait pas de charme, et c'tait comme un spleen voluptueux qu'il prouvait  rester l tout le jour sans parler, en coutant le glouglou du narghil, le frlement de la guitare et le bruit lger de la fontaine dans les mosaques de la cour.
:A ce nom de Tartarin,  cet accent joyeusement mridional, le Tarasconnais leva la tte et aperut  deux pas de lui la brave figure tanne de matre Barbassou, le capitaine du  Zouave, qui prenait l'absinthe en fumant sa pipe sur la porte d'un petit caf.
: Au lieu de lui rpondre, Barbassou le regarda un moment avec de grands yeux ; puis, le voil parti  rire,  rire tellement, Que Sidi Tart'ri en resta tout interloqu, le derrire sur ses pastques.
:Qu turban, mon pauvre monsieur Tartarin ! ... C'est donc vrai ce qu'on dit, que vous vous tes fait  Teur ? ...  Et la petite Baa, est-ce qu'elle chante toujours  Marco la Belle ? 
:--  Marco la Belle !   fit Tartarin indign .... Apprenez, capitaine, que la personne dont vous parlez est une honnte fille maure, et qu'elle ne sait pas un mot de franais.
: Alors, de se voir l, comme il tait, lchement accroupi sur sa natte, tandis qu'on le croyait en train de massacrer des fauves, Tartarin de Tarascon eut honte de lui-mme et pleura.
:Le trappiste se signa, les cocottes poussrent de petits cris d'effroi, et le photographe d'Orlansville se rapprocha du tueur de lions, rvant dj l'insigne honneur de faire sa photographie.
: -- C'est gal, reprit Tartarin de Tarascon, je trouve que, pour le coup d'oeil de notre caravane, des nes ne feraient pas trs bien .... Je voudrais quelque chose de plus oriental .... Ainsi, par exemple, si nous pouvions avoir un chameau ....
:O stupeur ! Au bout de quelques enjambes, voil Tartarin qui se sent plir, et l'hroque chchia qui reprend une  une ses anciennes positions du temps du  Zouave. Ce diable de chameau tanguait comme une frgate.
: Prnce, prnce, murmura Tartarin tout blme, et s'accrochant  l'toupe sche de la bosse,  prnce, descendons .... Je sens ... je sens ... que je vais faire bafouer la France ....
: Va te promener ! le chameau tait lanc, et rien ne pouvait plus l'arrter. Quatre mille Arabes couraient derrire, pieds nus, gesticulant, riant comme des fous, et faisant luire au soleil six cent mille dents blanches ....
:En cette occurrence, le chameau ne l'abandonna pas. Cet trange animal s'tait pris pour son matre d'une tendresse inexplicable, et, le voyant sortir d'Orlansville, se mit  marcher religieusement derrire lui, rglant son pas sur le sien et ne le quittant pas d'une semelle.
: L'apparition de Tartarin, hve, maigri, poudreux, les yeux flamboyants, la chchia hrisse, interrompit tout net cette aimable orgie turco-marseillaise. Baa poussa un petit cri de levrette effraye, et se sauva dans la maison. Barbassou, lui, ne se troubla pas, et riant de plus belle :
:Aprs la minute d'hsitation que lui commandait sa dignit, le Tarasconnais prit bravement son parti. Il s'assit, on trinqua ; Baa, redescendue au bruit des verres, chanta la fin de  Marco la Belle, et la fte se prolongea fort avant dans la nuit.
: Le muezzin tait l, assis sur un divan, avec son gros turban, sa pelisse blanche, sa pipe de Mostaganem, et devant un grand verre d'absinthe frache, qu'il battait religieusement, en attendant l'heure d'appeler les croyants  la prire .... A la vue de Tartarin, il lcha sa pipe de terreur.
: La mer luisait au loin. Les toits blancs tincelaient au clair de lune. On entendait dans la brise marine quelques guitares attardes .... Le muezzin de Tarascon se recueillit un moment, puis, levant les bras, il commena  psalmodier d'une voix suraigu :
: Mais ce qui mit le comble  la joie populaire, ce fut quand on vit un animal fantastique, couvert de poussire et de sueur, apparatre derrire le hros, et descendre  cloche-pied l'escalier de la gare. Tarascon crut un instant sa Tarasque revenue.
: L-dessus, il prit familirement le bras du commandant, rouge de bonheur ; et, suivi de son chameau, entour des chasseurs de casquettes, acclam par tout le peuple, il se dirigea paisiblement vers la maison du baobab, et, tout en marchant, il commena le rcit de ses grandes chasses :
