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:Arriv l, chacun put voir et reconnatre la cause de cette rumeur. 
:-- Tel rit du cheval qui n'oserait pas rire du matre ! s'cria l'mule de Trville, furieux. 
:Puis,  demi-voix, et comme s'il se ft parl  lui-mme : 
:-- Mais c'est donc le diable en personne que ce gaillard-l ! s'cria l'inconnu. 
:Mais un coup d'oeil impratif de l'inconnu vint l'arrter court. Il salua humblement et sortit. 
:-- De retourner  l'instant mme en Angleterre, et de la prvenir directement si le duc quittait Londres. 
:-- Elles sont renfermes dans cette bote, que vous n'ouvrirez que de l'autre ct de la Manche. 
:-- Sans chtier cet insolent petit garon ? " demanda la dame. 
:-- Ne lui chappera pas ? reprit l'inconnu en fronant le sourcil. 
: " Ah ! lche, ah ! misrable, ah ! faux gentilhomme ! " cria d'Artagnan s'lanant  son tour aprs le laquais. 
:D'Artagnan, un peu revenu de sa surprise premire, eut donc le loisir d'tudier un peu les costumes et les physionomies. 
:-- Eh ! vous le savez bien, Porthos, dit Aramis ; je vous l'ai raconte,  vous-mme hier, n'en parlons donc plus. 
:-- Ne plaisantons pas l-dessus, Messieurs, dit Porthos ; grce  Dieu, la reine est encore d'ge  le donner. 
:-- Allez-vous me faire la leon, Porthos ? s'cria Aramis, dans l'oeil doux duquel on vit passer comme un clair. 
:-- Non, rpondirent aprs un instant de silence les deux mousquetaires ; non, Monsieur, nous l'ignorons. 
:-- Parce qu'il voyait bien que sa piquette avait besoin d'tre ragaillardie par un mlange de bon vin. " 
:Au mme instant la portire se souleva, et une tte noble et belle, mais affreusement ple, parut sous la frange. 
:Un instant aprs, Porthos et Aramis rentrrent ; le chirurgien et M. de Trville seuls taient rests prs du bless. 
: " J'ai beaucoup aim Monsieur votre pre, dit-il. Que puis-je faire pour son fils ? htez-vous, mon temps n'est pas  moi. 
:D'Artagnan, tout tranger qu'il ft encore aux faons de cour, s'aperut de la froideur de cet accueil. 
: " Voil qui est trange, dit ce dernier en mditant ; vous aviez donc parl de moi tout haut ? 
:-- Il est du moins parti aprs avoir caus un instant avec celle qu'il attendait. 
:-- Lui, mon voleur ! rpondit d'Artagnan. Ah ! tratre ! " 
:A peine avait-il descendu le premier escalier, qu'un poignet de fer le saisit par son charpe et l'arrta. 
:-- Monsieur, dit Athos en le lchant, vous n'tes pas poli. On voit que vous venez de loin. " 
:D'Artagnan avait dj enjamb trois ou quatre degrs, mais  la remarque d'Athos il s'arrta court. 
:-- Ah ! si je n'tais pas si press, s'cria d'Artagnan, et si je ne courais pas aprs quelqu'un... 
:-- Excusez-moi, dit d'Artagnan reparaissant sous l'paule du gant, mais je suis trs press, je cours aprs quelqu'un, et... 
:-- Non, rpondit d'Artagnan piqu, non, et grce  mes yeux je vois mme ce que ne voient pas les autres. " 
:Et le jeune homme, enchant de son espiglerie, s'loigna en riant  gorge dploye. 
:-- Trs bien,  une heure " , rpondit d'Artagnan en tournant l'angle de la rue. 
:-- Et vous vous tes tromp, mon cher Monsieur " , rpondit froidement Aramis, peu sensible  la rparation. 
:-- Et moi je vous renverrai  votre messe, Monsieur l'abb ! Dgainez, s'il vous plat, et  l'instant mme. 
:-- J'ai un baume miraculeux pour les blessures, un baume qui me vient de ma mre, et dont j'ai fait l'preuve sur moi-mme. 
:En effet, au bout de la rue de Vaugirard commenait  apparatre le gigantesque Porthos. 
: " Quoi ! s'cria-t-il d'un accent plus tonn que la premire fois, votre second tmoin est M. Aramis ? 
:-- Et maintenant que vous tes rassembls, Messieurs, dit d'Artagnan, permettez-moi de vous faire mes excuses. " 
: " Dcidment vous tes un joli garon, dit Athos en serrant la main du jeune homme. 
:-- Eh bien, voyons, Messieurs, vous dcidez-vous  vous dcider ? cria pour la troisime fois Jussac. 
:Quant  d'Artagnan, il se trouva lanc contre Jussac lui-mme. 
:Cahusac se retourna ; il tait temps. Athos, que son extrme courage soutenait seul, tomba sur un genou. 
:Au mme instant, Aramis appuyait son pe contre la poitrine de son adversaire renvers, et le forait  demander merci. 
:Puis, se retournant vers M. de Trville et marchant avec lui vers l'embrasure d'une fentre : 
:-- Mais c'est une victoire, cela ! s'cria le roi tout rayonnant ; une victoire complte ! 
:-- Oui, Sire, aussi complte que celle du pont de C. 
:-- Et vous avez tort, car, si vous saviez mon nom, peut-tre seriez-vous moins press. 
:-- C'est bien " , rpondit le garde, tonn que son nom n'et pas produit plus d'effet sur le jeune homme. 
: " Est-ce que Sa Majest, demanda-t-il, avait ds hier le projet de faire cette chasse ? 
:-- L'accusation vient de M. de La Trmouille, du duc lui-mme. Que rpondrez-vous  cela ? 
: " La Chesnaye, dit le roi, qu'on aille  l'instant mme me qurir M. de La Trmouille ; je veux lui parler ce soir. 
:-- Oh ! Sire, s'crirent d'une mme voix les quatre compagnons, nous nous ferions couper en morceaux pour Votre Majest. 
:Quant  d'Artagnan, nous savons comment il tait log, et nous avons dj fait connaissance avec son laquais, matre Planchet. 
:Aramis, cette fois, ne se fcha point, mais il prit son air le plus modeste et rpondit affectueusement : 
:-- Mais, que diable ! vous n'tes pas abb, puisque vous tes mousquetaire. 
:-- Je n'en sais rien srement, Monsieur, mais je souponne quelqu'un. 
:-- Moins d'amour que de politique, reprit d'Artagnan d'un air fort rflchi, et que souponnez-vous ? 
:-- Oui, Monsieur, rpondit si bas, qu' peine si on put l'entendre, le bourgeois pouvant. 
:-- Pardieu, si je la sais ! rpondit d'Artagnan, qui ne savait rien du tout, mais qui voulait avoir l'air d'tre au courant. 
:-- Je ne le sais pas ; ce que je sais seulement, c'est que c'est une crature du cardinal, son me damne. 
:-- Aussi je ne recule pas, mordieu ! s'cria le bourgeois en jurant pour se monter la tte. D'ailleurs, foi de Bonacieux... 
:-- Ah ! ah ! fit d'Artagnan en se soulevant  demi et en saluant, vous tes mon propritaire ? 
:D'Artagnan l'ouvrit, et comme le jour commenait  baisser, il s'approcha de la fentre. Le bourgeois le suivit. 
: " Voil qui est positif, continua d'Artagnan ; mais aprs tout, ce n'est qu'une menace. 
:-- Dans la rue, en face de vos fentres, dans l'embrasure de cette porte : un homme envelopp dans un manteau. 
:-- C'est lui ! s'crirent  la fois d'Artagnan et le bourgeois, chacun d'eux en mme temps ayant reconnu son homme. 
: " Ah , o cours-tu ainsi ? lui crirent  la fois les deux mousquetaires. 
:-- Ah , mais vous avez donc crdit ouvert chez votre propritaire ? demanda Porthos. 
: Athos,  cette sentence d'Aramis, frona le sourcil et se mordit les lvres. 
:-- Une femme de condition si infrieure ! vous croyez, d'Artagnan ? fit Porthos en allongeant les lvres avec mpris. 
:-- Au contraire, Messieurs, et nous vous prterions main-forte, si besoin tait. 
:-- Et par-dessus toutes celles-l, s'cria d'Artagnan comme emport par son enthousiasme,  celle du roi et du cardinal. " 
:D'Artagnan s'arrta  cette ide, qui, d'aprs tout ce qu'il avait entendu, ne manquait pas de probabilit. 
:En attendant, la souricire tait en permanence, et la vigilance de d'Artagnan aussi. 
:Et d'Artagnan, malgr sa prudence, se tenait  quatre pour ne pas se mler  la scne qui se passait au-dessous de lui. 
:Et quelque chose comme un sourire perait sur la figure encore tout effraye de la jeune femme. 
:-- Il en avait t prvenu par une lettre que lui avait crite le ravisseur lui-mme. 
:-- Et souponne-t-il, demanda Mme Bonacieux avec embarras, la cause de cet vnement ? 
:-- Ah ! loin de l, Madame, il tait trop fier de votre sagesse et surtout de votre amour. " 
:Un second sourire presque imperceptible effleura les lvres roses de la belle jeune femme. 
:-- Vous pourriez tre inquit pour ce qui vient de se passer. 
:-- Et vous ne saviez pas qu'elle ft habite par un jeune homme ? 
:-- Chre Madame Bonacieux, vous tes charmante ; mais en mme temps vous tes la femme la plus mystrieuse... 
:-- Pourquoi vous tre priv du mrite de le faire tout de suite ? 
:-- Je le dis et je le rpte pour la troisime fois, cette maison est celle qu'habite mon ami, et cet ami est Aramis. 
:-- Et faites-vous la mme promesse  mon amour ? s'cria d'Artagnan au comble de la joie. 
:-- Non, j'use de votre gnrosit, voil tout. Mais, croyez-le bien, avec certaines gens tout se retrouve. 
:Il sentit  l'instant mme tous les soupons de la jalousie qui s'agitaient dans son coeur. 
:D'Artagnan fit un bond en arrire et tira son pe. 
:En mme temps et avec la rapidit de l'clair, l'inconnu tira la sienne. 
:Anne d'Autriche avait alors vingt-six ou vingt-sept ans, c'est--dire qu'elle se trouvait dans tout l'clat de sa beaut. 
:Et, fidle  la promesse qu'il avait faite, il s'lana hors de l'appartement. 
:Il commena par demander  M. Bonacieux ses nom et prnoms, son ge, son tat et son domicile. 
:-- Il faut cependant que vous ayez commis un crime, puisque vous tes ici accus de haute trahison. 
:-- Qui souponnez-vous ? Voyons, rpondez franchement. " 
:-- Mais je suis prt  tout dire, s'cria Bonacieux, du moins tout ce que je sais. Interrogez, je vous prie. 
:-- Oui, mais depuis hier cinq heures de l'aprs-midi, grce  vous, elle s'est chappe. 
:-- M. d'Artagnan a enlev ma femme ! Ah , mais que me dites-vous l ? 
:-- Heureusement M. d'Artagnan est entre nos mains, et vous allez lui tre confront. 
:-- Ah ! ma foi, je ne demande pas mieux, s'cria Bonacieux ; je ne serais pas fch de voir une figure de connaissance. 
:-- Mais ! s'cria Bonacieux, ce n'est pas M. d'Artagnan que vous me montrez l ! 
:Tous ces mouvements s'taient oprs pour lui d'une faon machinale. 
: " C'est l ce Bonacieux ? demanda-t-il aprs un moment de silence. 
:L'officier prit sur la table les papiers dsigns, les remit  celui qui les demandait, s'inclina jusqu' terre, et sortit. 
:" Cette tte-l n'a jamais conspir, murmura-t-il ; mais n'importe, voyons toujours. 
:-- Vous tes accus de haute trahison, dit lentement le cardinal. 
:-- En effet, Monseigneur, rpondit le mercier, je l'ai entendue prononcer tous ces noms-l. 
:-- Taisez-vous, vous tes un imbcile, reprit le cardinal. 
: " Allez, dit-il  demi-voix, me chercher Rochefort ; et qu'il vienne  l'instant mme, s'il est rentr. 
:-- Aussitt la reine a manifest une grande motion, et, malgr le rouge dont elle avait le visage couvert, elle a pli. 
:-- Pourquoi Mme de Lannoy n'est-elle pas venue vous prvenir  l'instant mme ? 
:-- Ne rpare les btises de mon agent, n'est-ce pas ? 
:Le cardinal, rest seul, rflchit un instant et sonna une troisime fois. 
:-- Ce sera souvent, soyez tranquille, car j'ai trouv un charme extrme  votre conversation. 
:Le comte de Rochefort s'inclina en homme qui reconnat la grande supriorit du matre, et se retira. 
:Un instant aprs, l'homme qu'il avait demand tait debout devant lui, tout bott et tout peronn. 
:-- Merci ! dit le cardinal en se pinant les lvres de colre. 
:-- Procs-verbal de gens de robe vaut-il la parole d'honneur, rpondit firement Trville, d'homme d'pe ? 
:-- Ne souponnez-vous pas ce jeune homme d'avoir donn de mauvais conseils... 
:-- Ah , dit le cardinal, tout le monde a donc pass la soire chez vous ? 
:-- Son Eminence douterait-elle de ma parole ? dit Trville, le rouge de la colre au front. 
:-- A dix heures et demie : une heure aprs l'vnement. 
:-- C'est que cette maison est suspecte, Trville, dit le roi ; peut-tre ne le saviez-vous pas ? 
:-- Par votre glorieux pre et par vous-mme, qui tes ce que j'aime et ce que je vnre le plus au monde, je le jure ! 
:-- Veuillez rflchir, Sire, dit le cardinal. Si nous relchons ainsi le prisonnier, on ne pourra plus connatre la vrit. 
:-- Et vous tes sr que la reine et lui ne se sont pas vus ? 
:-- Sire, rpondit en soupirant le cardinal, je croyais tre  l'abri d'un pareil soupon. 
:-- Eh bien, pour qu'elle n'en doute pas, je vais la prvenir moi-mme. 
:La lectrice se tut  l'instant mme, toutes les dames se levrent, et il se fit un profond silence. 
:Quant au roi, il ne fit aucune dmonstration de politesse ; seulement, s'arrtant devant la reine : 
: " Mais pourquoi cette visite, Sire ? Que me dira M. le chancelier que Votre Majest ne puisse me dire elle-mme ? " 
:-- Je suis un fidle sujet du roi, Madame ; et tout ce que Sa Majest ordonnera, je le ferai. 
:Le chancelier, qui de son ct tremblait d'une motion facile  concevoir, prit la lettre, salua jusqu' terre et se retira. 
:-- En faisant une chose que vous sauriez lui tre agrable. 
:Le jour mme o le cardinal avait reu cette lettre, le roi lui adressa sa question habituelle. 
:-- C'est donc le cardinal qui vous a annonc cette fte ? s'cria la reine. 
:Elle s'agenouilla sur un coussin et pria, la tte enfonce entre ses bras palpitants. 
:Aussi, en prsence du malheur qui la menaait et de l'abandon qui tait le sien, clata-t-elle en sanglots. 
: " Ne puis-je donc tre bonne  rien  Votre Majest ? " dit tout  coup une voix pleine de douceur et de piti. 
:-- Oh ! Madame ! s'cria la jeune femme en tombant  genoux : sur mon me, je suis prte  mourir pour Votre Majest ! " 
:-- Oui, s'ils tombent entre des mains infmes ! Mais je rponds que ces deux mots seront remis  leur adresse. 
:-- Un jour et une nuit sont bientt passs ; laissons donc votre captivit, et revenons  ce qui m'amne prs de vous. 
:-- Une chose du plus haut intrt et de laquelle dpend notre fortune  venir peut-tre. 
:Mais un homme, ft-ce un mercier, lorsqu'il a caus dix minutes avec le cardinal de Richelieu, n'est plus le mme homme. 
:-- Des intrigues encore, toujours des intrigues ! merci, je m'en dfie maintenant, et M. le cardinal m'a clair l-dessus. 
:-- Il m'a fait appeler, rpondit firement le mercier. 
:-- Ne m'avez-vous pas dit que cet enlvement tait tout politique ? 
:-- Monsieur, dit la jeune femme, je vous savais lche, avare et imbcile, mais je ne vous savais pas infme ! 
:-- C'est la mme chose ! s'cria la jeune femme. Qui dit Richelieu, dit Satan. 
: " Faites-moi arrter de la part de la reine, dit-il, et moi je me rclamerai de Son Eminence. " 
: " Chre Madame Bonacieux, ouvrez-moi la petite porte de l'alle, et je vais descendre prs de vous. " 
:Mme Bonacieux ne rpondit pas, mais son coeur battait de joie, et une secrte esprance brilla  ses yeux. 
:-- Sur mon me, vous m'aviez fait oublier tout cela, chre Constance ! oui, vous avez raison, il me faut un cong. 
:-- Oh ! celui-l, s'cria d'Artagnan aprs un moment de rflexion, je le surmonterai, soyez tranquille. 
:-- Vous tes un aimable et charmant jeune homme, dit Mme Bonacieux. Croyez que Sa Majest ne sera point ingrate. 
:-- Mais je devrais tre partie aussi, moi. Et la disparition de cet argent, comment la justifier si je suis l ? 
:-- Vous tes sr, rpondit l'tranger, qu'elle ne s'est pas doute dans quelles intentions vous tes sorti ? 
:-- Je ne le crois pas ; comme vous le voyez, son volet est ferm, et l'on ne voit aucune lumire briller  travers les fentes. 
: " Vous tes sr qu'il n'y a personne ? dit l'inconnu. 
:-- Vous tes sr que, dans sa conversation avec vous, votre femme n'a pas prononc de noms propres ? 
: " L'infme ! dit Mme Bonacieux en adressant encore cette pithte  son mari. 
:-- Non, Monsieur, car au contraire le plus profond mystre m'est recommand. 
:-- Le cardinal, je le crois, donnerait tout au monde pour m'empcher de russir. 
:-- Croyez-moi, continua Trville, dans les entreprises de ce genre, il faut tre quatre pour arriver un. 
:-- Qui vous a dit qu'il y avait une femme ici ? rpliqua Aramis en devenant ple comme la mort. 
:Aramis appela Bazin, et aprs lui avoir ordonn de le venir joindre chez Athos : 
:Ils le trouvrent tenant son cong d'une main et la lettre de M. de Trville de l'autre. 
:-- Mais pourquoi cet homme s'est-il attaqu  Porthos plutt qu' tout autre ? demanda Aramis. 
:Au mme moment, quatre hommes arms jusqu'aux dents entrrent par les portes latrales et se jetrent sur Athos. 
:-- J'en suis dsespr, dit d'Artagnan, car, comme je suis trs press aussi, je voulais vous prier de me rendre un service. 
:-- Mon brave jeune homme, je vais vous casser la tte. Hol, Lubin ! mes pistolets. 
:-- Mais vous tes bless, ce me semble ? dit Planchet. 
:-- Ah ! ah ! il est en rgle et bien recommand, dit le gouverneur. 
:-- C'est tout simple, rpondit d'Artagnan, je suis de ses plus fidles. 
:-- Il parat que Son Eminence veut empcher quelqu'un de parvenir en Angleterre. 
:Le btiment tait toujours prt  partir, le patron attendait sur le port. 
:Et il sauta avec Planchet dans le canot ; cinq minutes aprs, ils taient  bord. 
:Il tait temps :  une demi-lieue en mer, d'Artagnan vit briller une lumire et entendit une dtonation. 
:C'tait le coup de canon qui annonait la fermeture du port. 
:En vingt minutes on fut au lieu indiqu. Bientt Patrice entendit la voix de son matre, qui appelait son faucon. 
:-- Je ne crois pas ; cependant je crois qu'elle court quelque grand pril dont Votre Grce seule peut la tirer. 
:-- Moi ? s'cria Buckingham. Eh quoi ! je serais assez heureux pour lui tre bon  quelque chose ! Parlez ! parlez ! 
:-- De Sa Majest ! " dit Buckingham, plissant si fort que d'Artagnan crut qu'il allait se trouver mal. 
:-- Vous tes bless ? demanda Buckingham en rompant le cachet. 
: " Venez, lui dit-il, et si vous avez le bonheur d'tre admis en la prsence de Sa Majest, dites-lui ce que vous avez vu. " 
:Encourag par cette invitation, d'Artagnan suivit le duc, qui referma la porte derrire lui. 
:Le duc s'approcha de l'autel, s'agenouilla comme et pu faire un prtre devant le Christ ; puis il ouvrit le coffret. 
: " Quinze cents pistoles la pice, Milord, rpondit-il. 
:L'orfvre connaissait le duc, il savait que toute observation tait inutile, il en prit donc  l'instant mme son parti. 
:-- Soyez tranquille, Milord : je dirai ce que j'ai vu ; mais Votre Grce me remet les ferrets sans la bote ? 
:-- Oui, dit le duc en souriant, et je crois mme connatre cette autre personne, c'est... 
:-- C'est juste, dit le duc ; c'est donc  cette personne que je dois tre reconnaissant de votre dvouement. 
:-- J'avais oubli que l'Angleterre tait une le, et que vous en tiez le roi. 
:-- Oui, Milord, j'accepte, dit d'Artagnan ; et s'il plat  Dieu, nous ferons bon usage de vos prsents. 
:Cinquante btiments taient en partance et attendaient. 
:Avant d'entrer dans le cabinet, le roi recommanda qu'on le vnt prvenir aussitt que paratrait le cardinal. 
:La reine tendit son regard autour d'elle, et vit derrire le roi le cardinal qui souriait d'un sourire diabolique. 
:En effet, le roi compta, et les douze ferrets se trouvrent sur l'paule de Sa Majest. 
:-- Eh bien, que disais-je ? s'cria Planchet. L, j'en tais sr ;, maudite lettre ! 
:-- A l'heure dite, je serai prt ; seulement je croyais que Monsieur n'avait qu'un cheval  l'curie des gardes. 
:-- Il parat que notre voyage tait un voyage de remonte ? 
:Un lger nuage passa sur le front de Bonacieux, mais si lger, que d'Artagnan ne s'en aperut pas. 
:-- Sa Majest m'a fait l'honneur de m'accorder cette grce ! 
:-- Diable ! dit d'Artagnan, que le ton d'assurance de M. de Trville commenait  inquiter : diable, que faut-il faire ? 
:-- Comment ! on oserait arrter un homme au service de Sa Majest ? 
: " De ma matresse, rpta-t-il machinalement ; et pourquoi plutt d'elle que d'un autre ? 
:-- Voyez-vous ! dit M. de Trville ; et comment vous tes-vous chapp, vous ? 
:-- Alors c'est autre chose ; mais promettez-moi que si vous n'tes pas tu cette nuit, vous partirez demain. 
:-- Inbranlable, mon ami ; ainsi donc,  neuf heures, tiens-toi prt ici,  l'htel ; je viendrai te prendre. " 
:A neuf heures, d'Artagnan tait  l'htel des Gardes ; il trouva Planchet sous les armes. Le quatrime cheval tait arriv. 
:-- Monsieur, n'est-ce point le canon d'un mousquet qui brille l-bas ? Si nous baissions la tte ? 
:Planchet suivit le mouvement de son matre, exactement comme s'il et t son ombre, et se retrouva trottant prs de lui. 
:Il alla reprendre son poste, commenant  tre assez inquiet de ce silence et de cette solitude. 
:D'Artagnan commena  craindre vritablement qu'il ne ft arriv quelque chose  Mme Bonacieux. 
:Il frappa trois coups dans ses mains, signal ordinaire des amoureux ; mais personne ne lui rpondit : pas mme l'cho. 
:Alors il pensa avec un certain dpit que peut-tre la jeune femme s'tait endormie en l'attendant. 
:La ruelle tait toujours dserte, et la mme lueur calme et douce s'panchait de la fentre. 
:Bientt il lui sembla entendre un lger bruit intrieur, bruit craintif, et qui semblait trembler lui-mme d'tre entendu. 
:-- Savez-vous  peu prs, dit d'Artagnan, quel est l'homme qui conduisait cette infernale expdition ? 
:-- C'est cela, s'cria d'Artagnan ; encore lui ! toujours lui ! C'est mon dmon,  ce qu'il parat ! Et l'autre ? 
:Il sembla donc  d'Artagnan que M. Bonacieux portait un masque, et mme que ce masque tait des plus dsagrables  voir. 
:Bonacieux devint ple comme la mort et grimaa un sourire. 
:Et il quitta le mercier tout bahi de ce singulier adieu et se demandant s'il ne s'tait pas enferr lui-mme. 
:-- Aussi, je l'ai vu, le pige, et j'ai rpondu que vous seriez dsespr  votre retour. 
:-- Comment, vous ne sauriez me le dire ? vous devriez cependant tre mieux inform que personne. 
:-- Vous avez dit que Porthos avait reu un coup d'pe. 
:-- Et un matre coup d'pe, je vous l'assure. Il faut que votre ami ait l'me cheville dans le corps. 
:-- Trs bien ; je sais ce que je voulais savoir. Maintenant, vous dites que la chambre de Porthos est au premier, numro I ? 
:-- Nous nous en sommes bien gards : il aurait vu de quelle manire nous avions fait la commission. 
:-- J'ai demand aprs vous, et je suis mont tout droit. " 
